Le maquereau le <<roi>> de la poissonnerie répond aux abonnés absents. C’est le bras de fer diplomatique à des milliers de kilomètres de l’Ouest-Cameroun qui en est la cause. Enquête avec la Rédaction.
Le « frigo » vide : l’impasse des grossistes
Au lieu-dit « ancienne délégation régionale des transports » dans la ville de Bafoussam, région de l’Ouest, l’ambiance est glaciale devant les congélateurs.
Ici, le constat d’Augustin, gérant d’une poissonnerie en détail et en gros, est sans appel : le maquereau a déserté les stocks.
« Plus d’un mois que ça dure. On navigue à vue, sans aucune explication officielle », déplore-t-il.
Une situation qui force de nombreuses clientes à repartir les mains vides, le regard tourné vers d’autres variétés, souvent choisies par dépit.
La traque au « moyen et gros calibre »
À l’entrée du Marché A, une lueur d’espoir : une cargaison vient d’arriver chez un importateur. C’est la ruée. Ménagères et détaillants se bousculent pour obtenir quelques cartons. Pourtant, le soulagement est de courte durée.
En coulisses, un responsable lâche une précision de taille : le maquereau de petit calibre, celui-là même qui permet aux petits budgets de se nourrir, reste toujours disponible.
Il nuance:<< Par contre les moyens et gros calibres étaient absents. Mais depuis 03 jours, nous avons l’approvisionnement.
Le moyen maquereau est passé de 1700 à 1900fcfa et le petit 1450 à 1500 FCFA. En l’absence du marquereau, nous vendions le bar>>.
Sous le sceau de l’anonymat, le même responsable confie qu’:<<en raison du conflit USA-Iran, les navires ne parviennent pas à se mouvoir. Ils doivent contourner en passant par l’Afrique du Sud, ce qui n’est pas aisé. Il s’agit encore de 1 500 km à parcourir par bateau. Avec cette donnée, d’importateur ne peut qu’augmenter les prix pour rentrer dans ses dépenses».
Cette rupture de la chaîne d’approvisionnement expose la fragilité du circuit d’importation, soumis aux aléas des routes maritimes et des quotas internationaux.
Les braiseuses au bord de l’asphyxie
Sur les trottoirs de Bafoussam, là où le parfum du poisson braisé attire habituellement les foules, l’inquiétude grimpe.
Les prix ont pris l’ascenseur, décourageant les habitués.
Dialogue de sourds : Entre les braiseuses et leurs clients, les négociations sont tendues.
« C’est devenu un combat quotidien pour s’entendre sur le prix. Si tu achètes le poisson à 3000, tu es obligé de vendre au moins à 1500 ou 2000 FCFA pour t’en sortir», explique une vendeuse.
Chiffres d’affaires en chute libre : Pour ces femmes dont c’est l’unique source de revenu, l’instabilité des prix transforme chaque journée en un pari risqué.
Le Maquereau : Victime collatérale de la géopolitique
Comment expliquer une telle crise ? Derrière les étals, une explication surprenante circule : le conflit entre les États-Unis et l’Iran.
Dans une économie globalisée, le Cameroun, dépendant des importations halieutiques, se retrouve pris en étau.
À l’Ouest, le poisson frais ne se contente plus de nourrir ; il rappelle, par son absence, que le monde est un village où chaque secousse lointaine finit par se ressentir dans l’assiette.
