Besoin de pérenniser le système. L’actualité politique camerounaise est marquée par un débat houleux autour de la révision de la Constitution.
L’innovation majeure réside dans la création d’un poste de Vice-président. Certains estime que cette réforme assure une stabilité institutionnelle.
Par contre pour d’autres, elle sonne comme un verrouillage politique au détriment de la volonté populaire.
Michel Mombio et Éric Pinlap sont respectivement journaliste, écrivain et acteur de la société civile.
Ils sont par ailleurs des hommes politiques dont l’un évolue dans les rangs du RDPC et l’autre dans le SDF.
Leurs analyses, bien que divergentes dans la forme, convergent vers un constat de méfiance vis-à-vis des réelles intentions du pouvoir. Décryptage avec la Rédaction.
Une réforme pour la « survie du système » selon Michel Moumbio

Pour l’écrivain et journaliste Michel Mombio, il faut regarder cette modification sous un angle systémique.
Selon lui, l’objectif premier n’est pas le bien-être du citoyen, mais la pérennisation d’une structure établie.
Dans son élan, Mombio soutient que le système cherche avant tout à se maintenir et à durer.
Pour lui, cette révision permettrait de « récompenser » les soutiens fidèles et de garantir une transition contrôlée.
Dans son approche, il souligne avec ironie que cette réforme est déconnectée de la réalité des Camerounais : « La ménagère n’a rien à attendre pour son panier venant de cette révision », affirme-t-il.
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Au delà, l’écrivain sur le plan technique, note que le Vice-président, nommé par le Chef de l’État, viendrait suppléer ce dernier.
En d’autres termes, cela réduirait mécaniquement l’influence du Secrétaire Général de la Présidence de la République et confirmerait le rôle effacé du Premier ministre, qu’il qualifie de simple « primus inter pares ».
Un « déni de démocratie » pour Éric Pinlap
De son côté, Éric Pinlap ne mâche pas ses mots. Pour cet acteur de la société civile, la création d’un Vice-président nommé est une attaque directe contre la souveraineté du peuple.
En effet, il estime que le Cameroun s’éloigne des principes républicains. Puisque le Vice-président est nommé et non élu, Eric Pinlap y voit l’instauration d’un système de « dauphinat » propre aux oligarchies.

Davantage, selon le militant du Social Democratic Front, SDF, l’enjeu majeur réside dans la gestion de la vacance du pouvoir.
Alors que l’ancienne constitution imposait l’organisation d’élections dans un délai de 120 jours en cas de vacance, la nouvelle mouture permettrait au Vice-président de terminer le mandat en cours.
Pour Pinlap aussi, c’est un moyen pour le parti au pouvoir (RDPC) de se maintenir sans passer par les urnes jusqu’à la fin du septennat.
D’autre part, l’homme politique conclut que cette manœuvre s’inscrit dans la lignée de la modification de 2008, visant uniquement à garantir que le pouvoir reste entre les mêmes mains.
Conclusion : Une élite en vase clos ?
Au-delà des aspects juridiques, les deux intervenants s’accordent sur un point : l’urgence d’un renouvellement de la classe politique.
Pour Michèle Moumbio, il est nécessaire de « faire bouger le mammouth » et de permettre une circulation des élites. Quant à Éric Pinlap, cette révision est un « subterfuge » qui éloigne encore un peu plus le citoyen lambda des centres de décision.
Le débat reste ouvert, mais la question de la légitimité d’un successeur nommé plutôt qu’élu demeure au cœur des préoccupations pour l’avenir de la démocratie camerounaise. Mais en attendant, il est clair que le besoin de pérenniser le système est réel.
