« La téléphonie mobile est en mode avion ». Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi de finances concernant la taxation des terminaux mobiles, le secteur de la téléphonie traverse une zone de turbulences inédite.
Entre hausse brutale des prix et pénurie de stocks, Annie Christelle Djeukam, agent commercial chez un opérateur de téléphonie capé à Bafoussam, nous livre un témoignage sans filtre sur une situation qu’elle qualifie de « catastrophique ».
Par Sorelle TEUSSOP
Une mise en œuvre dans la précipitation
Le passage à la nouvelle réglementation ne s’est pas fait sans douleur. Pour les commerçants de Bafoussam, la transition a ressemblé à une course contre la montre épuisante.
« On l’a accueilli comme un choc. Du jour au lendemain, une nouvelle loi sort et on doit l’appliquer directement », confie Annie Christelle.
Elle raconte comment, entre le 30 et le 31 du mois, les équipes ont dû déballer et activer manuellement tous les téléphones en stock pour tenter de contourner les blocages futurs, suivant les directives reçues.
Une opération complexe, d’autant plus que certains clients, déjà en possession d’anciens stocks non taxés, ont manifesté une forte réticence, certains refusant catégoriquement de s’aligner sur ces nouvelles procédures.
Des prix qui s’envolent, des clients qui s’éloignent
L’impact le plus visible pour le consommateur camerounais reste l’augmentation drastique des prix de vente. Si le chiffre de 33% d’augmentation sur le dédouanement circule avec insistance, le flou persiste encore sur les modalités exactes d’application par l’État.
Toutefois, la réalité du terrain est déjà là :
Inflation directe : Des téléphones précédemment vendus à 50 000 FCFA ou 55 000 FCFA s’affichent désormais entre 60 000 FCFA et 70 000 FCFA.
Colère des consommateurs : Annie Christelle décrit des clients « déçus » qui « pleurent les prix ». Bien que cette colère soit souvent dirigée vers les vendeurs, ces derniers se sentent tout autant victimes de la situation.
Un marché en mode « avion »
Au-delà de la cherté, c’est la disponibilité même des produits qui pose problème. Le marché subit actuellement une forte raréfaction. Les boutiques, autrefois remplies, ne présentent plus que quelques échantillons de leurs gammes habituelles.
« Le marché est terriblement dur. Vendre un téléphone maintenant, ce n’est pas évident », soupire l’agent commercial.
Entre l’incertitude fiscale et la baisse du pouvoir d’achat, le secteur de la tech à Bafoussam semble fonctionner au ralenti, dans l’attente d’une clarification ou d’un assouplissement des mesures gouvernementales.
Ainsi, tout porte à croire que « la téléphonie mobile est en mode avion » et ça ne fait que commencer.

